KLEINE SCULPTUUR

Cathy Coez  *  Michel Delacroix  *  Michel Gouéry  *  Élodie Huet

du 23/02/2019 au 20/04/2019 sur rdv only

ouverture samedi 23 février de 18h à 22h

Special thanks : Musée du Creusot, galerie Archiraar

Les artistes que nous présentons développent, d’une manière très personnelle, une sculpture qui intègre l’inscription maintenant indélébile de l’industrie, la première dans le cas présent, celle des travaux humains, sa facture mécanique et sa maitrise abrupt de la matière, dans le champ des sensibilités héréditaires.

Fonte d’aluminium, matières première et céramiques artisanale, véhiculent les traits caractéristiques de leur fabrication. Les œuvres présentées jouent de cette facture avec cette même liberté par laquelle les ‘Bugs’ de Michel Delacroix recyclent les moules brisés d’une ancienne fabrique industrielle. Il ne s’agit pas de refaire ou d’exalter une technique révolue mais d’intégrer les signes d’une industrie ouvrière qui accompagne l’humanité depuis ses débuts, à laquelle fut beaucoup sacrifié, et correspondant maintenant aux signes d’un affect.

L’industrie excavatrice puise ses besoins dans la terre depuis plus de trois siècles et ses long bras décharnés extraient par la violence, de sa croute, une matière brute et sale. Ni lissée ni dessinée, ses formes machiniques au service des contingences les plus terrestres et usant des énergies primaires signent la réalité du travail. Rapport de forces, équations dynamiques, corrosions et résistance de la matière constitue la science visible d’une ingénierie. Nous sommes là très loin encore du confort domestique et d’une société de service qui ne sait pas, ne voit pas ou ne veux pas voir ce qui précède ce confort.

Le design industriel d’aujourd’hui est né d’une nouvelle conception du marketing en 1929. Le trait géométrique, la surface lisse, la forme esthétiquement pliée, moulée, polie signifie beaucoup – en terme d’effacement. Nous avons appris à vivre avec cette beauté inhumaine et démultipliée. La beauté de l’aéroport et de son confort easy tous azimuts, la beauté du robot – qui voudrait ressembler à un homme – aurait dit I. Asimov, la beauté du répliquant – qui leurre d’être humain – aurait ajouté Ph. K. Dick. Dans les deux cas il s’agit d’objets tout orientés vers une consommation qui, dissimulant l’origine de leurs fabrication par un dessin étudié, enferment le destinataire dans l’espace amnésique d’un commerce totalitaire se substituant au monde, à son histoire lisible, et instaurant un nouveau récit au service de son intérêt.

L’œuvre moderne qui adopte la facture de sa fabrication cherche à instituer elle-même son propre récit affranchi des dogmes classiques. Gagner en légitimité et en autonomie, en liberté peut-être, voilà sans doute le dessein subjectif d’une émancipation sociale de l’ancien régime qui conduit tout droit à l’individualisation des propositions artistiques contemporaine.

L’Approche. Kleine Sculptuur, Février 2019

 

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« En France il me semble, peut-être parce que je l’espère, car j’y trouve davantage de motifs de satisfaction, l’ouverture du second rayon a commencé. Ont été largement privilégiés dans la culture contemporaine ceux qui ont su devenir les agences personnalisées des grandes banques centrales du récit contemporain. Ces récits comme les œuvres qui en dépendent sont d’une infinie variétés, ces récits n’ont aucun besoin d’être artistiques ni même de traiter de la manière artistique, ils sont indifférents pourvu qu’ils soient récits et puissent valoir par l’œuvre comme référent de celle-ci, aussi bien mises en place théoriques que narrations ou simple messages de natures diverses, ces récits pour un grand nombre d’artistes se substituent en tant que référent local ou référent général du discours religieux opératoire jusqu’à la fin du XIXe siècle. Émiettement certes, dissémination de la création moderne et contemporaine sur le plan manifeste de ce qui est donné à considérer ; mais si l’on enjambe ces disparités formelles pour aller plus avant dans le registre des intentions qui ont présidé à l’élaboration des œuvres ou si l’on scrute le sens de ces mêmes œuvres, et malgré leur importance artistique ou leur originalité, il est clair qu’elles dérogent moins au dispositif classique que l’on a coutume de le dire. À savoir que les œuvres modernes s’enchaînent aussi à un énoncé instituant qui les précèdent et dont elles disposent l’effet. À l’époque classique, chacun le sait, la liberté de l’artiste, qu’il soit Corneille ou Chardin, Michel-Ange ou Goethe est compromise par un corps de doctrines, un ensemble organisé et invariable de prescriptions à la manière d’un périmètre fixé où il peut évoluer à sa guise. L’histoire des perspectives n’est rien d’autre que cette élaboration topographique et optique d’une hiérarchie de valeurs auxquelles l’artiste aussi est tenu de se conformer à l’égale de la règle des trois unités pour le théâtre ou le temps linéaire pour le roman. Ce qui change significativement au moment du romantisme puis de l’impressionnisme, ce qui se révèle à chaque étape de la tradition des avant-gardes du XXe siècle c’est le défaut d’un cadre global de prescriptions assurant l’unité totalisante du référent des expressions particulières, la matrice religieuse, le code morale, l’explication unique de l’univers se disloquent au profit de vérités régionales, d’expériences singulières, de méthodes antagonistes. Plus encore, la société occidentale dans la dispute des points de vues issues du siècle des Lumières, dans la variété des méthodes, dans l’assomption de l’individu et la préférence de l’expérience assoit son devenir dans le culte du progrès. »

 

B. Lamarche-Vadel. Extrait de Préface pour Erik Dietman, Paris,

édition de la Différence, coll. « Classique du XXIe siècle », 1990.