les Derniers Jours du Monde

du 19/12/2018 au 02/02/2019

Thomas Agrinier, Pascal Bernier, Laurent Bouckenooghe, Vanessa Fanuele,

Yves Gobart, Agnès Guillaume , Hervé Ic, Pierre Moignard, Arnaud Rochard

Special thanks : Pierre-Yves Desaive, Aurélie Deguelle, Bernard Utudjian, Anne Barrault

les Derniers jours du Monde

Ce n’est pas encore la fin. Il reste un peu de temps. « Avant » existe encore dans ta mémoire qui conserve une compréhension vague des choses. Le chemin qui mène à « maintenant » est encore visible et déjà incroyable. Il reste un peu de temps pour revoir ce qui précède, toutes les erreurs, les égoïsmes, toutes les fois où l’on a dansé sur le cadavre du réel en agitant inutilement les bras, pendant qu’il nous glissait entre les doigts.

Le « sens » est un lieu sûr, mais fragile, qui se brise avec le son cristallin, presque inaudible, irréversible et magnifique d’une pluie d’étoiles. Une fois le fil rompu, tu restes seul au monde face à la bête. Ou plutôt, la bête reste le seul monde qui te reste. Il ne fallait pas l’exhiber, pas le corrompre, pas le vendre.

On appelle « puissant » ceux qui succombent à cette faiblesse.

À la lisière de Paris s’étendent les bidons villes. Entre les zones pavillonnaires déboisées, les carrières désertées, les faubourgs industriels et les terres agricoles assaillies de machines aux couleurs vives, s’immisce la grisaille. Faubourg est le nom d’une fausse pudeur. Cet état des choses se fiche complètement de tes humeurs, comme de cette météorologie glaciale.

Inoxydable parce que carbonisé.

Ce qui est est, ce qui n’est plus n’est pas.

Débattre organise la confusion.

Sur la terre gelée, le vent sans frein est sans égal. Dans l’espace cognitif de la guerre, il se produit cet évènement (ou métaphore, ou miracle, ou chute, appelle cela comme tu voudras), lorsque la structure défensive devient carcérale. La coque de l’Endurance cède à l’extrémité des pressions. Intérieur et extérieure se confondent un instant puis s’inversent comme une chaussette.

De l’obstacle émerge un sens nouveau et le monde nouveau peut être.

 

Thomas Agrinier

Les derniers jours du monde, lorsqu’on y arrivera je crois que l’on aura dépassé la « mauvaise réciprocité », abandonné la vengeance, le coup pour coup, que l’Humanité aura d’ici là compris qu’elle fonctionne sur le principe du « désir mimétique «  cher à René Girard, et qu’elle aura su le dépasser. En attendant, regardons la bagarre comme une farce, comme dans un épisode de Popeye, regardons-la comme on observe nos enfants qui apprennent le monde en trébuchant parfois. T. A.

Pascal Bernier

Funeral Tech (I Phone 5s) I Phone box, resin, marble, cement. 2016

Les histoires de fées sont définitivement une chose du passé. S'il était une fois un siècle où l'humanité pouvait encore croire en la nature profondément miraculeuse du monde, c'est qu'il était toujours épargné par ces techno-sciences qui, depuis l'époque moderne, ont permis une expansion systématique de la cruauté.

En tant que témoins et parfois victimes de ce processus de déshumanisation, les artistes nous ont donné à plusieurs reprises des illustrations extrêmement cinglantes de cette évolution de plus en plus mécanique.

Extrait de Pascal Bernier's fatal toys, par Denis Gielen

Laurent Bouckenooghe

« Carne et Masque ». Encre graphite et pastel sur papier

"À chaque visage, Laurent Bouckenooghe nous représente un monde qui en recèle un tout autre, simulacre d'une intime liaison entre la défiguration et la reconstruction. Son trait affiné et réaliste nous amène à entrer dans la profondeur d'une autre et nouvelle histoire des gueules cassées , de ces blessés de la Face de Tête dont les clichés d'époque ne sont plus pour le peintre qu'un alibi à ce théâtre palpable d'une guerre qu'il nous présente en simili cuir." Par Christophe Pairoux

Vanessa Fanuele

 « C’est lorsque leur surface devient plus importante que le fond, qu’une autre image se dévoile à la manière d’une apparition ou d’un repentir, comme si l’empreinte de mon imagination se juxtaposait à ce qui précède et prenait sa place. Il y a là déjà l’idée d’une mémoire qui disparaît mais qui, à la fois demeure telle une survivance. »

V. F., extrait de « interview » par Pierre-Jean Sugier et Anaïs Roez.

Yves Gobart

Hybride par accident, incomplet par nature, l’homme moderne selon Yves Gobart évolue sur une terre sauvage à la fois accueillante et encombrée d’obstacles. Cimes inaccessibles, chemins obstruées, rivières aux berges impraticables, routes effondrés, trains déraillés et camps de survies en forêt d’épineux dessinent le relief d’une lutte ontologique entre l’habitant et l’habitat. Lorsque l’habitant prend le visage d’un autre que lui, d’un animal, ou d’un peuple disparut, il s’agit encore de recoller des morceaux d’une inadéquation. Une mémoire spectrale hante les cavaliers du nouveau monde dont l’immobilité hors du temps semble nous attendre comme celle d’un héritage qu’il faudra bien tôt ou tard regarder en face.

Agnès Guillaume

My Thoughts  (2016/17) : Vidéo pour un écran, couleurs, full HD, 5’20, son stéréo

Les vidéos d’Agnès Guillaume fonctionnent comme des formes poétiques… qui pensent la conscience de soi. A l’instar de nos mondes intérieurs, comme dans un rêve, une discrète étrangeté nous indique que ce qui se passe là se situe en marge de la vie quotidienne, dans un ailleurs à la fois mimétique et fantastique. Miroirs de l’intime, elles supposent la constance de certaines réalités intérieures que le spectateur est invité à reconnaître, à s’approprier, à partager. 

Hervé Ic

C’est la lumière en tant qu’objet agissant – plutôt que l’éclairage – qui détermine la peinture d’Hervé Ic. L’éclairage décrit les apparences lorsque la lumière se fait l’outil d’une apparition. Celle d’une illusion, d’un théâtre d’ombre, d’un jour qui se lève et s’éteint sur un paysage comme d’une idée nouvelle. La lumière offre le monde à la représentation qu’on s’en fait. Elle prendra la forme d’un orage, d’une lueur isolée, du contour translucide d’une plante ou d’une silhouette vue de dos, comme de toute autre partie manquante à laquelle s’attache l’esprit qui cherche à comprendre le réel derrière ce qu’il voit.

Pierre Moignard

Moignard isn’t just a fan of painting’s history and its superstars, he has evolved over his career and tried his hand at many mediums, including video. I bring this up because it plays a large role in these recent paintings, too. Taking from his video Who Chooseth Me, Notes for the Merchant of Vegas, and Holyland Experience, artist incorporates frames and scenes into his paintings. Although, as noted by the gallery, these exact images are not in the videos, but Moignard images frames that could theoretically be included in these films. Again, Moignard produces a new iteration on history, but rather than art history, it’s the history of his own work.  By Zach Wampler

Arnaud Rochard

Oro, monotype et acrylique sur toile, 2018

(…) Le paysage semble s’étouffer lui-même dans la proximité des plantes entre elles, la variété des tailles et la complexité des formes de la végétation, abondante et merveilleuse. Les couleurs outrées, rehaussées encore par le contraste marqué des silhouettes et des ombres composent des paysages en motif, rappelant en télescopage volontaire les recherches de William Morris et les teintes de la peinture fauve. Les arts décoratifs s’imposent comme un réservoir de références de formes, tandis que la composition évolue, à la mesure des influences, qu’elles soient techniques (gravure, tapisserie) ou picturale (les Nabis, Van Gogh). La séduisante irréalité des paysages surprend et suggère l’existence d’un Éden, d’un état primordial d’une Nature préservée, originelle. Une Nature habitée par un élan vital indomptable, une force brulante. Le Japonisme apparaît par citations, et l’expérience exotique rappelle les paysages bigarrés de Gauguin. Chaque paysage est construit par addition d’éléments d’époques et de supports distincts, créant une synthèse indéchiffrable. Ce mystère du paysage multiple préserve de toute possible réponse définitive. Jungles et forêts d’un monde de spéculation, les œuvres d’Arnaud Rochard retranscrivent une rêverie. (...)

extrait de Les Georgiques Theo Mario Coppola.