Ex.Péri.Mental#2

du 01/10/2017 au 30/10/2017

Elisa Fantozzi, Philippe de Gobert, Olivier Gourvil, Johanna Perret, Jimmy Ruf, Maxime Touratier.

A l’entrelacs méditatif de nos chemins pédestres succède la ligne droite du chemin de fer. Pensées et visions s’accélèrent dans le raccourci de ce travelling qui préfigure déjà, entre cabine et fenêtre,  la projection des films celluloïds.

La multiplication des images, fruit précoce de la révolution industrielle, envahi le monde de ses produits-visuels au point (mais c'est une autre histoire) que la structure même du pouvoir se confonde aujourd’hui avec son omniprésence médiatique.

Lorsque la technologie se démocratise enfin, la fascination qu’un équipement de confort moderne pouvait encore exercer sur les imaginaires d’après-guerre ne constitue déjà plus qu’un substitut risible de bonheur. Devant les désastres qu’elles causent, la recherche du profit et l’impuissance des sciences à en prévoir les conséquences sur l’homme et la nature nourrit une telle suspicion que le monde humain et son économie, devenue dépendante, s’en défient.

L’image industrielle, aussi parfaite soit-elle, perd de son aura et la création s’en détourne par un mouvement de remise en cause iconoclaste des évidences visibles.

 

 « Ex-Péri-Mental#2 » est la seconde édition du projet qui regarde l’industrialisation et ses subtiles répercussions sur les mentalités actuelles.

Subtil signifie étymologiquement sous la toile : Ce qui est caché, sous-entendu, ce qui pénètre la trame d’un raisonnement sans se déclarer ; comme pour mieux souligner que cette édition se consacre aux schémas préparatoires, essais ou projets sur papier qui conduisent à l’œuvre sans en avoir absolument la fonction. Ils sont les liens invisibles, les idées jetées, les intentions inabouties, les expériences, les structures ou les vaisseaux organiques d’une certaine relation au monde.

L’œuvre qui nous intéresse n’est pas une marchandise pré-formatée se démultipliant tel un produit coupée du réel. Elle n’est pas l’objet d’une performance utile, c’est à dire comptable. C’est pourquoi nous n’en présentons que l’esquisse, l’intuition, le dessein préparatoire.

Si l’image a gagnée en officialité, ne serait-ce pas finalement parce qu’elle est muette ?

Et si l’œuvre est l’expression d’une conscience, peut-elle disparaître derrière une mise en scène démultipliée ? C’est une question.

Dans le monde contemporain, l’intérêt d’une discipline s’exprime au-delà de ses caractéristiques techniques. Les catégories traditionnelles semblent obsolètes, et la classification d'un genre par sa ressemblance trahi un œil figé qui ne voudrait plus voir dans le monde que la surface des choses.

De même que la peinture la plus puissante a besoin de sujets faibles, que la complexité se perd si elle ne repose pas sur l'agencement du simple, le dessin porte en lui la représentation des idées fortes sous une forme légère, quasi-immatérielle.

Il s’agit de dépasser la représentation - non d’y renoncer, de transcender l’image - non de l’abstraire, d’ouvrir de nouveaux espace mentaux - sans perdre le réel. Les définitions précises manquent et s’appréhendent mieux par la négation.  

Ce n’est ni du réalisme, ni du formalisme, ni de l’illustration.

Ce n’est pas une révolution. Ce n’est pas un rapport de force œdipien avec ses prédécesseurs. Débattre, accepter l’adversité, renoncer à la séduction facile, se nourrir des mouvements passés, des grands maitres autant que des petits, des inventeurs méconnus, se méfier des succès rapides, de la mise en scène, éviter les obstacles, les luttes de chapelles et les dogmes ressemble à une nouvelle forme de locomotion en terrain périlleux.

C’est exactement ainsi que procède le peintre né sous la toute-puissance de l’image industrielle et préférant cet « entre-deux » que la réduction médiatique ne sait pas rendre visible.

C’est une évolution invisible qui se méfie d’abord des « ismes », des caricatures conceptuelles, des définitions cloisonnantes, et qui se méfie surtout des certitudes - pour en avoir trop vu s’effondrer.